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Thèse

Etude aérodynamique, fibroscopique, acoustique et perceptive des voyelles nasales du français

A. AMELOT, Université Paris III, 2004
mercredi 15 juin 2005.
 

Résumé :

Notre étude est une recherche pluri-paramétrique portant sur les voyelles nasales du français, comprenant des données aérodynamiques, fibroscopiques, une analyse acoustique et des tests de perception. Nous étudions en détail la corrélation entre les mesures de débit, la position du velum, les indices acoustiques et leur perception. Nous nous sommes plus particulièrement intéressée à cinq axes de recherche : i) La relation temporelle entre l’aperture du velum et l’apparition d’un débit nasal. ii) La relation entre le degré d’aperture du conduit nasal et la quantité du débit d’air nasal sortant. iii) Les rapports entre les mesures acoustiques et physiologiques, d’une part, et la perception, d’autre part. iv) Les rapports entre l’ouverture de la bouche, l’aperture du port vélo-pharyngé, l’impédance dans le conduit vocal et le débit d’air nasal sortant. v) Et les conséquences de nos résultats sur les descriptions phonologiques.

Les principaux résultats aérodynamiques indiquent que l’apparition du débit d’air nasal est marquée par une courte séquence de débit d’air nasal négative. Nous confirmons que la durée totale du débit d’air nasal est dans la plupart des cas supérieure à la durée du phonème. La propagation du débit d’air nasal est importante et longue distance en parole spontanée. Cette propagation touche aussi bien les consonnes sonores que les sourdes sans pour autant modifier leurs propriétés acoustiques. Les principaux résultats fibroscopiques indiquent que la mesure totale du mouvement vélaire est plus importante que la durée acoustique de la voyelle nasale. Dans une grande majorité des cas, le velum commence à s’ouvrir avant le début acoustique du phonème nasal. Plus la parole est relâchée, plus l’anticipation du mouvement est importante et plus le mouvement vélaire est important.

Une pré-étude nous a permis de conclure qu’il est possible d’aligner les données aérodynamiques et fibroscopiques. Ces résultats indiquent qu’il n’existe pas de corrélation directe entre les mouvements du voile du palais et le débit d’air nasal sortant, pour les voyelles nasales. Ces données confirment l’importance de l’ouverture vélaire maximum.

L’analyse acoustique a été effectuée en deux temps. Dans un premier temps, nous avons regardé s’il existe une corrélation entre les mouvements vélaires et le signal acoustique. Dans un second temps, nous avons cherché la corrélation entre le débit d’air nasal et le signal acoustique. Pour cela, nous avons observé l’enveloppe spectrale du signal acoustique de la voyelle nasale et en présence d’un changement de celle d’amplitude, nous avons regardé si celui-ci était en correspondance avec une période précise du mouvement vélaire ou du débit d’air nasal. Nos données indiquent qu’il n’y a pas de correspondance entre le début du mouvement d’ouverture vélaire et le signal acoustique. Il n’y a pas non plus de corrélation entre la fin du mouvement d’ouverture vélaire et le signal acoustique. Par contre, nous avons trouvé une corrélation entre l’ouverture maximum et le signal acoustique. Pour les voyelles [E et A ], nous trouvons une modification de l’enveloppe du signal acoustique au début du débit d’air nasal.

Finalement, nous avons construit quatre tests de perception (A, B, C, D). Ils ont consisté à faire du découvrement progressif (gating) sur la voyelle nasale. Nos résultats suggèrent que l’indice qui permet de percevoir la nasalité se situe dans la seconde moitié acoustique de la voyelle.

En conclusion, nous pouvons dire qu’il existe des différences inter et intra-locuteurs pour les données aérodynamiques et fibroscopiques. Le débit d’air nasal est fortement dépendant du contexte consonantique immédiat, plus que les mouvements vélaires. L’ouverture du velum a lieu bien avant l’apparition du débit d’air nasal. Il n’existe pas de temps de latence constant où le velum a atteint une ouverture suffisante pour que le débit d’air puisse passer par le conduit nasal. Ce temps sera différent selon l’entourage et la voyelle nasale elle-même. Il n’existe pas de rapport direct entre le degré d’aperture et la quantité d’air nasal sortant. Le maximum d’aperture vélaire correspond essentiellement au début de l’air nasal sortant. Il est assez facile de voir la corrélation entre le débit d’air nasal et/ou le débit d’air oral, et le signal acoustique. La corrélation entre les mouvements vélaires et le signal acoustique est plus difficile à voir (si elle existe vraiment). Le débit d’air nasal n’est pas le seul indice pour percevoir la nasalité (il y a probablement une implication de l’articulation de la voyelle elle même et de l’ouverture maximum du velum).



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