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Évolution de la voix humaine : le rôle de la sélection sexuelle

A. Suire, Université de Montpellier, 2019
lundi 10 février 2020.
 

Il a été suggéré que la voix grave des hommes résulterait de l’action de la compétition intrasexuelle pour signaler aux compétiteurs la dominance, la menace et la masculinité, tandis que la voix relativement aiguë des femmes serait le produit de la compétition intersexuelle pour signaler la fertilité et la féminité. En effet, au-delà du message linguistique, la voix humaine révèle de précieuses informations biologiques et sociales sur la qualité et la condition des locuteurs telles que le sexe, l’âge, la dimension corporelle, la personnalité et possiblement le statut social. Ces indices prennent toutes leur importance lorsqu’il s’agit d’évaluer des compétiteurs et d’éventuels partenaires sexuels. Au cours de cette thèse, nous avons ainsi étudié le rôle fonctionnel de la voix humaine sous l’angle de la sélection sexuelle. Premièrement, nos travaux suggèrent que les préférences vocales ne sont pas universelles et qu’elles dépendent de l’environnement culturel en question, puisque plusi eurs de nos résultats dans une population de locuteurs francophones montrent que les hommes sont attirés par des voix relativement graves chez les femmes, contrairement à ce qui est majoritairement observée dans les populations anglophones. De même, la plupart des études se sont focalisées sur la hauteur et le timbre, mais nos résultats suggèrent que la qualité phénotypique peut être exprimée par d’autres éléments de la qualité vocale tels que la raucité, le souffle et divers éléments prosodiques. Deuxièmement, les interprétations évolutives jusque-là évoquées dans la littérature pour expliquer ces préférences restent insatisfaisantes. En effet, nos résultats montrent d’une part que la voix des hommes n’est pas corrélée au taux de testostérone, remettant en question l’idée d’un signal « honnête » de l’immunocompétence et, d’autre part, que la modulation vocale, correspondant à un pattern dynamique de la voix en contexte interactionnel, souligne l’importance d’étudier la voix dans de s situations écologiquement valides. Enfin, nous avons montré via le principe du symbolisme phonétique que le dimorphisme sexuel de la voix humaine se traduit également au niveau de la composition sonore des prénoms et de leur attribution en fonction du sexe. Pour conclure, notre travail offre de nouvelles pistes de réflexion et établit la sélection sexuelle comme un paradigme de choix pour étudier la voix humaine.



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