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« Whitiser, c’est parler comme un Blanc ». Langage, subjectivité et postcolonialité chez des militants afrodescendants d’origine camerounaise à Paris

S. TELEP, université Paris Descartes, 2019
lundi 10 février 2020.
 

Cette thèse interdisciplinaire s’inscrit à la fois dans les champs de la sociolinguistique, de l’anthropologie linguistique et sémiotique nord-américaine et des postcolonial & cultural studies. Elle examine le rôle du langage dans les processus de subjectivation et d’émancipation politique de sujets racialisés en contexte migratoire et postcolonial. Il s’agit de décrire les formes et les enjeux politiques de la whitisation symbolique chez des militants afrodescendants d’origine camerounaise, rencontrés au cours d’une enquête ethnographique dans une association panafricaine de jeunes étudiants, cadres et dirigeants d’entreprise à Paris. Par whitisation symbolique, nous désignons un passing racial métaphorique et une praxis sémiotique complexe permettant au sujet racialisé de gommer les frontières sociales liées au stigmate de la peau noire en « parlant comme un blanc », soit en imitant le langage de l’Autre dominant aux niveaux phonétique, discursif et corporel. Dans un premier temps, l’analyse des performances collectives d’un style « afropolitain » (ou d’Africain cosmopolite) permet de saisir les marques langagières et sémiotiques de la subjectivation - soit la tension entre assujettissement et émancipation - et de discuter la visée critique et émancipatrice de la whitisation symbolique. La partie suivante décrit ensuite, à partir de deux cas individuels, comment les processus de subjectivation politique par le langage et le corps opèrent au croisement des rapports de race, de classe et de genre, tout en produisant des agencements singuliers. Enfin, la dernière partie de la thèse analyse les discours réflexifs des locuteurs sur leurs pratiques langagières et montre comment, dans leur relation au langage de l’Autre, les sujets se positionnent de manière ambivalente au sein de l’économie symbolique postcoloniale en manifestant tantôt des formes de résistance, tantôt des formes d’assujettissement à des rapports de domination qui contraignent leur puissance d’agir. Ainsi, cette recherche montre tout d’abord la néce ssité d’une approche sémiotique et interdisciplinaire du langage qui puisse rendre compte des interrelations entre langage et matérialité non verbale. Ensuite, parce qu’elle se focalise sur la dimension langagière et sémiotique des processus de racialisation et de performativité raciale, domaine encore peu exploré, cette recherche contribue à une approche postcoloniale du langage susceptible d’éclairer les ambivalences de l’agency chez des sujets racialisés.



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